« On n’est pas des numéros, on est des enfants » à l’Assemblée nationale, 15 adolescents hébergés en urgence interpellent les députés
En France, près de 350 000 personnes sont sans domicile, parmi lesquelles un nombre croissant de familles et d’enfants. Selon le dernier baromètre « Enfants à la rue » de l’UNICEF France et de la Fédération des acteurs de la solidarité, plus de 4 000 personnes en famille, dont 2 159 enfants, sont restées sans solution d’hébergement après avoir sollicité le 115. Ces chiffres alarmants révèlent une réalité bien plus vaste : celle de milliers de familles accueillies dans des dispositifs d’hébergement, souvent précaires et inadaptés à leurs besoins spécifiques.
Ce jeudi 23 octobre, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale : 15 adolescents et adolescentes, accompagnés par l’UNICEF France et le Samusocial de Paris, ont pris la parole pour dénoncer les conditions indignes dans lesquelles ils grandissent, hébergés en urgence dans des centres ou des hôtels sociaux. Face à des députés interpellés – Danielle Simonnet, Laure Miller, Julie Ozenne, Sandra Regol, Aly Diouara, Corinne Narassiguin, Eric Coquerel, Marie-Charlotte Garin – et parfois émus, ces jeunes ont porté des revendications claires : « On veut des chambres où on peut poser nos affaires, des quartiers sûrs, et surtout, une vie normale. » Leur message, simple et puissant, résonne comme un électrochoc : en France, en 2025, 30 000 enfants vivent et grandissent à l’hôtel. Une réalité scandaleuse, que ces adolescents ont décidé de ne plus subir en silence.
Face à cette situation, un collectif d’associations (Action contre la Faim, Armée du salut, Emmaüs Solidarité, UNICEF France, et bien d’autres) a publié un document de propositions inter-associatives pour améliorer l’accueil et l’accompagnement des enfants et familles hébergés. Ces recommandations visent à transformer en profondeur les conditions de vie et d’accompagnement de ces publics vulnérables.
« 6 ans, 10 ans à l’hôtel, c’est trop long » : des témoignages qui glacent le sang
Pendant près de deux heures, les jeunes âgés de 11 à 17 ans ont raconté leur quotidien :
« On est entassés à 4 dans 12 m², sans intimité, sans place pour ranger nos affaires. »
Inès, 11 ans« On change d’hôtel tous les 3 mois. À chaque fois, je dois changer d’école. Je suis en 6ᵉ, et j’ai déjà eu 5 profs différents cette année. »
Karim, 13 ans« Ma mère pleure souvent parce qu’on n’a pas de papiers. On a peur d’être expulsés du jour au lendemain. »
Aïcha, 15 ans« On n’a pas le droit de recevoir des amis, ni de cuisiner. On vit comme des prisonniers. »
Yacine, 14 ans
« On n’est pas des numéros, on est des enfants », a lancé Léa, 12 ans, sous les applaudissements des députés présents. « On veut juste grandir comme les autres. »
Quatre revendications pour une vie digne
Les adolescents, préparés en amont par l’UNICEF et le Samusocial, ont présenté quatre demandes concrètes aux parlementaires :
Des hébergements dans des quartiers sécurisés et bien desservis
La fin des hôtels insalubres en périphérie ou dans des zones dangereuses et un accès aux transports et aux services publics (écoles, centres de santé, parcs).
« On veut pouvoir sortir sans avoir peur », a insisté Mohamed, 16 ans.
| L’hébergement d’urgence, initialement conçu comme une solution temporaire, accueille aujourd’hui des familles pendant plusieurs mois, voire années. Pourtant, les structures actuelles ne garantissent pas toujours des conditions de vie dignes. Les associations proposent plusieurs pistes pour y remédier : Harmoniser les conditions d’accueil : Élaborer un cahier des charges réglementaire pour les centres d’hébergement, définissant des critères précis (espaces privatifs, équipements adaptés aux enfants, normes d’accessibilité, etc.). Améliorer les nuitées hôtelières : Limiter progressivement le recours aux hôtels, souvent inadaptés, et redéployer les moyens financiers vers des solutions d’hébergement plus qualitatives. Renforcer les moyens humains et financiers : Augmenter les crédits dédiés à l’humanisation des structures et revaloriser le prix journalier des places d’hébergement pour les familles. Ces mesures visent à garantir l’intimité familiale, l’accès à une alimentation saine, et un environnement propice à l’éducation et au développement des enfants. |
Des espaces de vie adaptés aux enfants
Une surface minimale par chambre d’au moins 9 m² par personne, un lit par enfant car aujourd’hui, beaucoup dorment à 2 ou 3 dans un lit et des espaces dédiés aux devoirs, aux jeux et à la détente.
« On a besoin d’un endroit pour poser nos cahiers et nos jouets », a expliqué Sofia, 10 ans.
| Les enfants hébergés ont le droit d’être entendus et de voir leurs opinions prises en compte, conformément à la Convention Internationale des Droits de l’Enfant. Pour garantir ce droit, les associations proposent : Associer les enfants aux décisions : Créer des espaces de participation au sein des structures d’hébergement et les impliquer dans l’élaboration des politiques publiques qui les concernent. Améliorer l’accès à l’alimentation et aux soins : Développer des dispositifs d’accès digne à l’alimentation, renforcer la prévention et la détection des problèmes de santé, et garantir un suivi médical adapté. Scolarisation et activités périscolaires : Faciliter l’accès à l’école et aux activités extrascolaires, en limitant les changements d’établissement et en simplifiant les procédures administratives. Ces mesures sont essentielles pour assurer le bien-être et le développement des enfants, malgré les difficultés liées à leur situation. |
Un accompagnement pour régulariser les familles
Une aide administrative pour obtenir des papiers tel le titre de séjour ou la CMU et une protection contre les expulsions arbitraires.
« Sans papiers, on n’a droit à rien. Même pas pour aller chez le médecin. », Amina, 14 ans.
| L’accompagnement des familles hébergées doit être personnalisé et continu, afin de favoriser l’accès aux droits et au logement. Pourtant, les familles hébergées à l’hôtel ne bénéficient pas toujours d’un accompagnement social. Pour y remédier, les associations recommandent : Déployer des plateformes d’accompagnement social : Généraliser les Plateformes d’Accompagnement Social à l’Hôtel (PASH) sur tout le territoire, pour permettre aux familles d’accéder à leurs droits et à un logement stable. Renforcer les équipes pluridisciplinaires : Recruter des référents « Enfance » et des éducateurs de jeunes enfants pour mieux répondre aux besoins spécifiques des enfants. Former les professionnels : Sensibiliser et former les acteurs de l’hébergement aux droits et besoins des enfants, et développer des outils adaptés pour un accompagnement de qualité. Ces actions permettraient de limiter les ruptures de parcours et d’améliorer la prise en charge des familles. |
Plus de logements sociaux pour sortir de l’urgence
La construction accélérée de logements très sociaux et une priorité aux familles avec enfants dans les attributions.
« On veut une vraie maison, pas un hôtel pour toujours. », Thomas, 15 ans.
| Les 1 000 premiers jours de vie d’un enfant sont déterminants pour son développement. Pourtant, les familles hébergées en urgence, notamment à l’hôtel, rencontrent des difficultés majeures pour offrir un environnement stable à leurs jeunes enfants. Les associations recommandent : Créer des places dédiées : Développer 1 000 nouvelles places pour les femmes enceintes ou sortantes de maternité, réparties équitablement sur le territoire. Renforcer l’accompagnement médico-social : Déployer des équipes mobiles de santé et des référents de parcours pour assurer un suivi adapté durant cette période cruciale. Faciliter l’accès aux modes d’accueil du jeune enfant : Informer et accompagner les familles dans leurs démarches pour accéder aux crèches, aux lieux d’accueil enfants-parents (LAEP), et aux autres dispositifs. Ces actions permettraient de réduire le stress parental et de favoriser le développement harmonieux des enfants. |
« Ces demandes ne sont pas des caprices. Ce sont des droits fondamentaux », a rappelé Julie Lignon, chargée de plaidoyer, Lutte contre la pauvreté | UNICEF France
En France, 30 000 enfants vivent et grandissent à l’hôtel. Prendre en compte leur parole est urgent et nécessaire pour améliorer leurs conditions d’hébergement et les aider à grandir dans le respect de leurs droits.
Les propositions interassociatives soulignent l’urgence d’agir pour améliorer les conditions de vie et d’accompagnement des enfants et familles hébergés. Ces recommandations appellent à une mobilisation collective de l’État, des collectivités locales, et des acteurs associatifs, afin de garantir un hébergement digne, un accompagnement adapté, et le respect des droits fondamentaux de chaque enfant.
En tant que société, nous avons la responsabilité de protéger les plus vulnérables et de leur offrir les conditions nécessaires pour se reconstruire et s’épanouir. Ces propositions sont un appel à l’action pour que personne ne soit laissé de côté.
Associations contributrices : Action contre la Faim, Armée du salut, Collectif des Associations pour le Logement, Comede, Emmaüs Solidarité, Equalis, Fédération des acteurs de la solidarité, Fondation pour le Logement des Défavorisés, Groupe SOS, Samusocial de Paris, Secours Catholique, UNICEF France.